20 décembre 2015

Des origines du Bio...à l'agriculture BIO d'aujourd'hui

 BIO BIO ....oui, mais ...

pommebiosuisse

On peut dire qu’auparavant, les paysans faisaient comme ils pouvaient, avec les intempéries, les attaques d’insectes, les oiseaux pilleurs de graines, les maladies végétales. La quasi totalité des fermes étaient en polyculture : quelques animaux, un peu de fourrage pour les nourrir, quelques légumes : les rendements étaient ce qu’ils étaient, on épandait le fumier…on brûlait les chaumes.

Justus Von Liebig (1803-1873)…(ça doit vous dire quelque chose?…mais si, les cubes d’extrait de viande!) est un chimiste allemand, il est considéré comme le fondateur de l’agriculture industrielle. Il met son érudition en chimie puis en biochimie, au profit de l’industrie. Il crée en 1865 la marque LIEBIG. En 1867, il met au point le premier lait pour enfant. Maggi, Viandox, Liebig…l’histoire de l’agriculture BIO prend sa source en réaction à ces concentrés de malbouffe, dilués dans un peu d’eau chaude.

Pendant les deux guerres de 1914-1918 et 1939-1945, les campagnes se vident de leurs hommes, les femmes mènent les exploitations comme elle peuvent. C’est de la survie des familles dont il est question. En 1950, l’exode rural, la pauvreté dans les campagnes, la course à l’auto-suffisance alimentaire font le lit des mono cultures extensives. Les engrais azotés, les intrants chimiques sont partout. Les pesticides coulent à flot, et l’argent à seaux dans les caisses des firmes de l’industrie des pesticides et des engrais…vous savez…, celles qui fabriquent des produits «phytosanitaires ». Vous remarquerez que la fabrication des pesticides va de pair avec celle des engrais. Les premiers ayant pour effet de perturber l’écosystème des terres et, couplé aux labours profonds à les stériliser…donc, il faut épandre des engrais…pour conserver un rendement correct.

C’est aussi, le point de départ des recherches sur les semences OGM qui, elles, résistent aux fameux pesticides. Voici donc le début du cycle infernal, qui ligote les agriculteurs en les obligeant à passer à la caisse pour acheter semences stériles, pesticides ET engrais. Le vide juridique concernant les produits biologiques, a laissé, entre 1950 et 1985, le champ libre à l’agroalimentaire pour encadrer comme ils souhaitaient leur fabrications.

Des normes d’hygiène s’imposent, certes, mais surtout, beaucoup d’argent consacré à la recherche sur les conservateurs et exhausteurs de goût ( le sel en excès), et les produits addictifs comme le sucre : le domaine qui va leur faire gagner un maximum d’argent, car …moins de produits frais à utiliser grâce aux exhausteurs…le pâté truffé à 0, 5%…le yaourt à la fraise rose sans fraise. Et bien sûr, les conservateurs qui permettent des dates limite de conservation (DLC) lointaines et la Date de Durabilité Moyenne DDM, «  le fameux « à consommer de préférence avant le… ». On sait que beaucoup de produits perdent leur saveur avec le temps…la chimie y pourvoit avec les additifs qui se comptent par centaines aujourd’hui dans les produits industriels!.

Les travaux actuels ne cessent de montrer du doigt des additifs cancérigènes, perturbateurs endocriniens et allergisants. Avant 1980, on trouvait, notamment sur les marchés, des produits  en provenance des potagers et des maraîchers locaux, c’est à dire les légumes maison plus ou moins traités, selon les connaissances et les convictions du paysan,…mais aucun Label pour les produits biologiques.

La demande de produits BIO n’a cessé d’augmenter à partir des années 70, dans la suite de mai 1968.

Le Label AB BIO est créé en France, en 1985 et le Label Européen avec la feuille en 2009.

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En Suisse, c’est en 1973 que l’Institut de recherche de l’agriculture biologique est créé (FiBL). Et c’est en 1980 que le logo au bourgeon BIO SUISSE voit le jour. Dans les années 1990, le peuple suisse, rejette par votations successives, l’augmentation des aides à l’agriculture conventionnelle ( attention, conventionnelle ne veut pas dire « traditionnelle », il s’agit bien de l’agriculture inféodée aux intrants chimiques). La réforme agricole suisse de 1992 modifie le système des paiements directs aux exploitations et reconnaît officiellement le bio comme une forme d’agriculture digne d’être encouragée.

Le concept de biodynamie est une réponse au déséquilibre que l’agriculteur provoque sur ses terres en pratiquant une monoculture. La biodynamie, postule l’existence de liens étroits entre le règne végétal et animal, la terre, les planètes et l’homme.

Les savoir-faire des paysans hors agriculture intensive se perdent. Il y a urgence à transmettre et à s’organiser pour revenir à de bonnes pratiques respectueuses de l’environnement. Les vignerons vont fabriquer eux mêmes et utiliser des tisanes réalisées à partir de plantes, pour soigner les cultures déficientes ou malades. Les principes actifs peuvent se trouver à dose infinitésimales dans les soins pulvérisés. Les cycles des planètes dont le calendrier lunaire, seront aussi un point de repère. La méfiance envers l’agriculture en biodynamie, dans ses débuts, vient en partie du fait que nombre de pratiques sont empiriques, elles résultent des savoir-faire mêlés de tradition, hérités des anciens. Les scientifiques pur sucre, n’y trouvent pas forcément leur compte, et les détracteurs, ceux qui sont aux manettes des grands groupes chimiques, n’hésitent pas à critiquer voir à calomnier ceux que l’on commence à appeler les écologistes. La vague de 1968, alimente pendant une bonne dizaine d’années des initiatives plus ou moins heureuses, mais pleines de rêves, dans l’élevage et le maraîchage BIO. La région du Larzac est un exemple encore vivant, de la poussée vers l’agriculture respectueuse du vivant. L’idée à la mode en 68 est l’auto-suffisance, aujourd’hui c’est la décroissance. Mais, la réalité est têtue, pour faire vivre correctement sa famille, les rêves ne suffisent plus. Les coopératives, les groupes auto-gérés, les associations fleurissent en France comme en Suisse.

La commercialisation de masse des produits BIO labellisés, date du début des années 1990. Aujourd’hui, c’est la moitié Sud de la France qui est la plus fournie en exploitations bio, et Rhône Alpes est en tête, suivie de près par le Languedoc-Roussillon. Inversement et finalement logiquement, la carte de France des pesticides dans l’eau en 2012, est éloquente. La région Rhône Alpes oscille entre 93 et 99% d’eaux conformes, contre à peine 33% en pays nantais. Dès lors, on comprend vite que l’agriculture en biodynamie et la transformation biologique des produits, sont les deux fers de lance contre l’appauvrissement des sols, la disparition des espèces animales (insectes …abeilles…etc…),  et pour la préservation de la qualité de vie et la santé des hommes et des animaux d’élevage, pour la protection de l’environnement au sens large.

A l’opposé on trouve aujourd’hui, les fermes de 1000 vaches (une trentaine sont en projet en France), des élevages à 10 000 porcs qui se dévorent entre eux, ou des granges à 100 000 agneaux gavés sans jamais voir le jour, sans parler des poulets de batterie ou des saumons dévorés par les poux de mer.

Les Alpes françaises et la Suisse , sont une vraie pépinière d’agriculteurs engagés et responsables qui nous proposent une gamme très large de produits biologiques, ou naturels comme les fromages. La région Rhône Alpes est au premier rang en nombre d’exploitations BIO soit 2968 fin 2014. Il faut noter que le nombre d’exploitations BIO a presque doublé entre 2008 et 2014. Première région aussi en nombre de préparateurs, transformateurs et artisans soit 1053 et seconde en nombre de distributeurs, magasins et grossistes, soit 568 fin 2013.

Est-ce vraiment un hasard, si, dans les Alpes et la Suisse, on compte 1/3 de restaurants 3 étoiles (9 sur 26)?…je ne crois pas. Les chefs, même s’ils ne l’affichent pas ostensiblement, recherchent et utilisent de plus en plus de produits issus de cultures biodynamiques et biologiques, car ces produits sont uniques, vivants et présentent moins de risques d’allergies. Ils ne sont pas standardisés, ils suivent les saisons, les saveurs, formes, textures varient dans le temps et suivants les terroirs de culture et même d’une parcelle à l’autre comme on le voit dans les vignobles.

ET LE VIGNOBLE DANS TOUT ÇA !

Le vignoble suisse et celui du Grésivaudan, sont une parfaite illustration de la poussée vers le travail des terres en biodynamie, de la vinification sans produits de synthése, ainsi que de la préservation de la diversité des cépages autochtones. Les cépages rares et adaptés aux terroirs sont à l’honneur sur ces deux vignobles.

En Suisse, le vignoble compte six grandes régions viticoles,  où les rouges sont majoritaires, on trouve le Pinot noir, le Gamay et le Merlot, la Syrah, des cépages croisés comme le Gamaret et le Garanoir. Enfin du côté des blancs, le chasselas est majoritaire.  Mais les vignerons suisses dorlotent aussi des cépages rares, pour ne pas dire oubliés, pour certains uniques au monde comme l’Amigne , l’Humagne blanc, la Petite arvine et chez les cépages rouges l’Humagne rouge et le Cornalin, qui donnent des vins remarquables et très recherchés par les amateurs de vins typiques et non standardisés.

Jugez plutôt en lisant le commentaire d’Olivier Poussier (meilleur sommelier du monde en 2000):
«  Le vignoble helvète a cette particularité de posséder et de cultiver un nombre incroyable de cépages autochtones. Une telle richesse ampélographique* ne cesse de m ‘émerveiller tant la variété des palettes aromatique et gustative semble infinie. C’est bien là l’intérêt majeur de ce patrimoine: parfaire l’éducation nos palais, cultiver l’émotion gustative pour mieux échapper aux pièges de la banalisation commerciale et de la facilité ».

Depuis les années 70, 80% du vignoble suisse est conduit en agriculture raisonnée. Chez nos voisins, cela s’appelle PI : la production intégrée. Depuis une dizaine d’années, certains vignobles, parmi les plus renommés sont en biodynamie. 207 vignerons travaillent sans aucun produit chimique de synthèse, ils ont le label BIO-SUISSE et peuvent apposer en plus le Label Demeter, s’ils conduisent leur vigne en biodynamie.

« Je produis du bio car j’aimerais donner une terre propre et viable à mes enfants plus tard ». Reynald Parmelin , viticulteur suisse en BIO.

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Dans la vallée du Grésivaudan, il souffle un vent de renouveau. De jeunes viticulteurs se sont installés. A côté des vignobles en BIO, comme le Domaine Giachino (BIO depuis 2006), où David et Frédéric, font vivre un terroir unique en France , très jeune géologiquement puisque implanté sur les éboulis du Granier.  L’effondrement d’un pan entier de la montagne dans la nuit du 24 au 25 novembre 1248, a englouti 5 paroisses. L’éboulement a engendré un relief chaotique constitué de formations variées à dominante argilo-calcaire, terroir qui convient parfaitement à la vigne. Le Domaine Finot de Thomas Finot, à Bernin et le Domaine des Rutissons , au Touvet, de Laurent Fondimarre et Wilfrid Debroize, ont vu le jour ces dernières années. Ils cajolent eux aussi, les cépages autochtones devenus pour certains, si rares, qu’ils ont failli disparaître. Jacquère, Verdesse, Persan noir, Mondeuse, Malvoisie, Viognier, Etraire de la D’Huy…sont en production. Mais l’ambition des jeunes passionnés ne s’arrête pas là: ils veulent réintroduire des cépages anciens comme la Sainte Marie de Biviers, le Sérénèze de Voreppe, le Durif (un cousin de la Syrah) et le Servanin. Aujourd’hui, dans la vallée, un agriculteur sur deux a plus de 60 ans. La question de la transmission des terres est la pierre angulaire du développement de l’agriculture BIO et de la viticulture en particulier. Cette région est un bassin d’emplois, la pression foncière y est très forte. La tentation de laisser des terres en friche, (ou de les couvrir de noyers), en attendant qu’elles deviennent constructibles est un frein considérable à l’installation de nouveaux jeunes exploitants ainsi qu’à l’extension des domaines existants pour les rendre durables et performants. Le vignoble du Grésivaudan qui compte quatre régions, renaît aujourd’hui. L’appellation IGP ( Indication géographique protégée), obtenue pour les vins « Coteaux du Grésivaudan » en 2009, garantit le savoir-faire et l’identité locale des cépages.

« Le vin, c’est les hommes, il est le produit de leur travail acharné », Wilfrid Debroize, Domaine des Rutissons.


Photos : ©Bio Suisse – Annie Canut

 Billet écrit pour le magazine EXQUIS


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